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Mitterrand, 40 ans : la nouvelle France du 10 mai 1981

Mitterrand, 40 ans : la nouvelle France du 10 mai 1981

Ce 10 mai 2021 marque les 40 ans de l’élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981, premier président de la République socialiste de la Ve République. Retour sur un événement historique.

 Par David B. Hauce

L’image reste dans la mémoire de ceux qui l’ont vécue en direct le soir du dimanche 10 mai 1981 et ceux qui étaient trop jeunes ont pu depuis la revoir tant elle constitue un moment clé de la télévision et de l’histoire du pays : des lignes pixélisées qui se forment et laissent apparaître sur les écrans le visage de François Mitterrand. À 64 ans, après un long parcours politique, le socialiste devenait le premier président de gauche de la Ve République.

En élisant celui qui avait su faire l’union de la gauche en surmontant les différences de toutes ses composantes, les Français sanctionnaient à la fois la politique de droite de Valéry Giscard d’Estaing et affichaient leur volonté de vivre dans une nouvelle société, moins conservatrice et plus progressiste. « Changer la vie », rien de moins, avait promis la gauche et son candidat, incarnant la « force tranquille ». Avec 51,76 % des suffrages exprimés contre 48,24 % à VGE, Mitterrand emportait une victoire qui constituait à la fois un instant de bascule dans la vie politique du pays, « un saut dans l’inconnu » comme nous le raconte François Hollande et, surtout, un immense espoir de changement.

Quatre décennies plus tard, que reste-t-il du mitterrandisme, quel héritage ont laissé les deux quinquennats aussi riches et contrastés de François Mitterrand, comment peuvent-ils éclairer le pays à un an de l’élection présidentielle de 2022 et, enfin, de nouveaux « 10-Mai » sont-ils encore possibles dans une époque de l’immédiateté et du clash où l’on ne donne plus guère « le temps au temps » pour la réflexion ?

Le 40e anniversaire de l’élection de François Mitterrand soulève toutes ces questions mais aussi une certaine forme de nostalgie, celle d’une époque où tout semblait possible, où tout était à faire et à prouver pour une gauche qui accédait aux responsabilités après 23 ans d’opposition.

« Mitterrand a donné de la crédibilité à la gauche aux yeux des Français. Il a appris à la gauche à gouverner », assure aujourd’hui Jean-Louis Bianco, qui fut secrétaire général de l’Elysée pendant neuf ans. « Il a toujours cherché à élargir le spectre de sa formation politique » quand il en était le premier secrétaire du PS, souligne de son côté Jean-Christophe Cambadélis, l’un de ses lointains successeurs rue de Solférino.

Dans une gauche aujourd’hui éclatée, divisée par les batailles d’ego, incapable de se rassembler pour 2022 comme le réclament pourtant tous ses sympathisants, François Mitterrand reste une figure de référence.

Parce que « c’est tellement médiocre aujourd’hui », tranche Anicet Le Pors, l’un des quatre ministres PCF, de 1981 à 1984. « Comme de Gaulle, Mitterrand fait partie du patrimoine de l’identité française », relève Julien Dray. Pour Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, né en 1977, Mitterrand reste « une référence inspirante ». Une étude Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès parue vendredi montre d’ailleurs que si François Mitterrand n’est que le 3e « président préféré » des Français derrière De Gaulle et Chirac, il est en tête de classement chez les sympathisants de gauche…

Référence inspirante donc, tant pour la stratégie politique dont François Mitterrand – élu pour la première fois en 1946 avec l’appui de la droite dans la Nièvre – était passée maître, que par les réalisations qui ont marqué le pays. Quand il arrive au pouvoir, François Mitterrand a la ferme intention d’honorer ses 110 propositions de campagne et se lance immédiatement dans l’action : abolition de la peine de mort, cinquième semaine de congés payés, retraite à 60 ans, nationalisations, et plus tard impôt de solidarité sur la fortune.

Mais aussi lois sur l’audiovisuel, les radios libres, reconnaissance des droits des homosexuels, lois de décentralisation votées en 1982. Et comment oublier un engagement européen sans faille, la consolidation du couple franco-allemand et une politique culturelle foisonnante, impulsée par Jack Lang entre fête de la musique et grands travaux (pyramide du Louvre, bibliothèque nationale de France, grande arche de la Défense, Institut du monde arabe, opéra Bastille…).

Tout n’aura pas été tenu et le « tournant de la rigueur » en 1983 vers une gauche plus sociale-démocrate que socialiste est encore aujourd’hui vu par certains comme une trahison. Éternel débat entre deux visions de la gauche qui se retrouvera plus tard dans le quinquennat Hollande.

Quarante ans plus tard, la célébration de l’élection de François-Mitterrand ne sera pas l’occasion pour la gauche de trouver les clés pour imaginer de nouvelles victoires et recréer les conditions de nouveaux « 10-Mai. » La Mitterrandie – François Hollande, Lionel Jospin, Bernard Cazeneuve, Anne Hidalgo… – s’est retrouvée hier au Creusot (Saône-et-Loire).

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui participait à la marche pour le climat à Paris, n’y était pas… Quant à Emmanuel Macron, occupé ses derniers jours à fracturer la droite, il n’a pas prévu de célébrer la victoire de son prédécesseur dans les pas duquel il essaie parfois de s’inscrire.

Au final, le 10-Mai sera fêté, plus que pour les leçons politiques que l’on pourrait en tirer, comme l’avènement d’un immense espoir qui n’attend que d’être renouvelé.

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