Alors que la France a officialisé la suspension d’une partie de son aide à la Centrafrique, le fossé se creuse entre Paris et Bangui, qui a misé sur un rapprochement avec la Russie. Pour la ministre des Affaires étrangères centrafricaine, Sylvie Baïpo-Temon, la rumeur s’amplifiait ces dernières semaines.
Par Maurice Duteil
L’annonce est désormais officielle : le ministère des Armées français a annoncé, le 9 juin 2021, que Paris allait suspendre son aide et sa coopération militaires avec la Centrafrique, « en raison des campagnes de désinformation visant des représentants français ». Le ministère a précisé que la France avait supprimé 10 millions d’euros d’aide budgétaire et stoppé toute coopération militaire directe.
Cette sanction, pour le moment temporaire, s’inscrit dans un contexte de tensions entre Bangui et Paris, qui s’alarme depuis des mois de l’influence grandissante de la Russie sur le gouvernement. La décision a été prise alors que le Premier ministre, Firmin Ngrebada, revenait d’une visite au forum économique de Saint-Pétersbourg, au retour de laquelle il a d’ailleurs été accueilli à l’aéroport de Bangui par Dmitriy Sytyi, un citoyen russe bien connu des Centrafricains et lié à la société de sécurité privée Wagner.
Officiellement, la société Wagner n’exerce pas en Centrafrique, où seuls des instructeurs russes coopèrent avec l’armée centrafricaine. Mais, selon de nombreuses sources, cette entreprise liée à Evgeny Prigozhin, emploierait jusqu’à 3 000 hommes en territoire centrafricain et serait connectée à plusieurs sociétés minières de droit local.
Bangui a-t-elle définitivement choisi Moscou au détriment de Paris ? Telle est la question qui se pose au regard des enjeux.






