Libreville le 08 septembre 2026, (Journal’ombre.com) – Il y a des parcours que l’on découvre au moment où les projecteurs s’allument. Celui de Sosthène Nguema Nguema n’entre manifestement pas dans cette catégorie. Scientifique, ingénieur QHSE, entrepreneur, acteur de la société civile, syndicaliste, militant de l’opposition, parlementaire puis ministre, l’homme a changé plusieurs fois de costume sans changer de colonne vertébrale.
Par Obame D’EBOMANE
Né en 1974 à Oyem, il construit d’abord son parcours dans les sciences. Après un cursus à l’Université des Sciences et Techniques de Masuku, il poursuit ses études en France, notamment à Poitiers puis à Lyon I, où il obtient deux masters II en environnement, prévention et gestion des risques. Un bagage qui explique aujourd’hui son intérêt pour les questions minières, industrielles et environnementales.
Mais avant les fauteuils ministériels, il y a eu le terrain. Ingénieur QHSE, il travaille notamment à la SOBRAGA, à TERREA puis chez Royal Haskoning International. Ses expériences le conduisent sur des problématiques liées aux grands projets, notamment Bélinga et la réhabilitation de la Moulili à Moanda. En 2007, il crée également son cabinet SEQUEN, intervenant dans plusieurs secteurs liés au développement économique.

Puis vient la politique. Avec « Ça suffit comme ça », les « Indignés », Brainforest et son engagement aux côtés de figures de la société civile comme Marc Ona Essangui, il s’implique dans les questions de gouvernance, d’environnement et de gestion des ressources naturelles.
Après 2009, il rejoint l’Union Nationale, devient Secrétaire exécutif adjoint, participe à plusieurs campagnes électorales et devient, en 2016, directeur national de campagne des jeunes de Casimir Oyé Mba. En 2018, il se présente lui-même aux législatives. Le surnom de « Stratège » commence alors à lui coller à la peau.
Août 2023 change le décor. Pas le parcours. Député de la Transition en octobre, coordinateur de la campagne du « Oui » dans le Woleu-Ntem lors du référendum constitutionnel, puis coordinateur provincial de la campagne présidentielle de Brice Clotaire Oligui Nguema, il entre progressivement dans le nouvel appareil institutionnel. En septembre 2025, il est élu député du premier arrondissement d’Oyem sous les couleurs de l’UDB.
Le 5 mai 2025, il prend le portefeuille du Pétrole et du Gaz. Exploration offshore, recherche d’investissements, contacts avec de grands opérateurs, réflexion sur la séparation du Code des hydrocarbures : son passage est bref, mais suffisamment marqué pour montrer une méthode.

Depuis janvier 2026, c’est aux Mines qu’il exerce. Et là, forcément, le décor devient plus sensible. Cadastre minier, or artisanal, traçabilité, réforme du Code minier, transformation locale, investissements : Sosthène Nguema Nguema touche désormais à des secteurs où les intérêts économiques ne sont pas précisément en vacances.
La suspension des activités aurifères à petite échelle après la découverte d’un réseau d’exploitation illégale, l’audit du secteur et la volonté de renforcer la maîtrise du cadastre donnent une autre dimension à son action. Ses participations au Mining Indaba, au PDAC de Toronto et à China Mining traduisent parallèlement une volonté d’attirer davantage d’investisseurs.
Et c’est ici que les détracteurs entrent en scène. À entendre certaines critiques, le problème serait presque l’homme lui-même. Un ministre qui réforme, contrôle, audite et veut transformer devrait-il simplement demander pardon d’exister ? La satire s’impose presque d’elle-même : au Gabon, certains semblent préférer les réformes tant qu’elles ne déplacent surtout rien.
Soyons sérieux. Affirmer qu’un lobby orchestre les attaques contre le ministre sans preuves serait hasardeux. Mais prétendre que ses réformes sont sans conséquence sur les intérêts existants le serait tout autant.

Son parcours explique aussi pourquoi il ne se laisse pas facilement enfermer dans une case. Il connaît l’entreprise, l’administration, la société civile, la politique et les problématiques techniques du secteur extractif. Il possède en outre un ancrage territorial à Oyem et une expérience politique construite sur plusieurs années.
C’est probablement là que se trouve la singularité du personnage. Sosthène Nguema Nguema n’est pas arrivé aux Mines avec pour seul bagage une nomination. Il y arrive avec une histoire professionnelle, scientifique et politique.
Ses détracteurs peuvent contester ses méthodes, ses décisions ou ses résultats. C’est leur droit. Mais réduire son ascension à un simple phénomène politique revient à effacer près de deux décennies de parcours.

Le véritable test sera désormais ailleurs : dans les résultats. Si le cadastre est mieux maîtrisé, si la transformation locale progresse, si les investissements arrivent et si la gouvernance du secteur s’améliore, les polémiques finiront par peser moins lourd que le bilan.
Car au fond, le parcours de Sosthène Nguema Nguema raconte surtout une chose : un homme qui a traversé la science, l’entreprise, la société civile, l’opposition, le Parlement et le gouvernement avant de se retrouver au cœur des ressources stratégiques du Gabon.
Et lorsqu’on touche au sous-sol, il faut parfois s’attendre à ce que quelques poussières remontent à la surface.






