Libreville le 21 juillet 2026, (Journal’ombre.com) – L’image était forte. À l’Élysée, le Gabon et Eramet ont affiché leur volonté d’ouvrir une nouvelle étape de leur partenariat autour de la transformation locale du manganèse. Mais derrière la portée politique de la cérémonie, le protocole d’accord révèle une réalité plus nuancée : Libreville affiche désormais ses exigences, tandis qu’Eramet conserve une grande marge de manœuvre avant tout engagement industriel définitif.
Par Obame D’EBOMANE
À première vue, les ambitions sont élevées : usine d’oxyde de manganèse, unité de silico-manganèse, puis complexe d’alliages destiné à renforcer la valeur ajoutée locale. Pourtant, le communiqué publié le 20 juillet par le groupe français multiplie les clauses de précaution. Chaque projet reste soumis à une décision finale d’investissement, à la validation de conditions techniques, environnementales, économiques et à la signature de conventions spécifiques.
Le point le plus sensible concerne l’énergie. Le protocole rappelle que le développement industriel dépendra d’une alimentation électrique compétitive et suffisante. Cette responsabilité incombe essentiellement à l’État gabonais, qui devra mettre en place les infrastructures nécessaires avec l’appui d’autres partenaires. De son côté, Eramet se réserve le droit d’évaluer, de manière autonome, la rentabilité de chaque projet avant d’engager ses capitaux.

Cette architecture contractuelle traduit un changement de posture. Pour Libreville, il n’est plus question d’exporter durablement les matières premières sans transformation locale. Le gouvernement affirme ainsi sa volonté de rééquilibrer ses relations avec les grands groupes miniers et d’inscrire davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Mais cette ambition se heurte à une réalité : la réussite de l’accord dépendra autant de la capacité du Gabon à résoudre ses défis énergétiques et logistiques que de la volonté d’Eramet de convertir ses intentions en investissements concrets.
À Libreville, ce protocole est donc perçu comme une avancée politique, car il acte officiellement le principe de la transformation locale. Sur le plan économique, en revanche, la prudence reste de mise.
Les engagements industriels demeurent conditionnels et le véritable test ne sera ni diplomatique ni médiatique : il se jouera dans la réalisation effective des infrastructures, les décisions d’investissement et, à terme, dans la sortie des premières usines de terre. C’est à cette étape que l’on saura si Paris a marqué un tournant historique ou simplement ouvert un nouveau cycle de négociations.





