Libreville le 22 septembre 2026, (Journal’ombre.com) – Il fallait oser ouvrir ce dossier. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député du 2e arrondissement d’Akanda, vient de poser une question qui dépasse largement le confort des institutions : pourquoi les responsables politiques bénéficieraient-ils de règles de retraite différentes de celles auxquelles sont soumis les autres citoyens ?
Par Obame D’EBOMANE
L’élu plaide ouvertement pour la suppression des régimes spéciaux concernant notamment les députés et les anciens Premiers ministres. « Tu es député pendant 5 ans, ce n’est pas justifié que tu touches une pension de retraite à vie », affirme-t-il, estimant qu’un mandat électif doit rester une mission temporaire et non devenir une rente.
Le débat n’est pas théorique. La loi gabonaise de 2008 prévoit un régime particulier pour les membres du Gouvernement, les députés et les sénateurs, avec une pension personnelle et viagère sous certaines conditions. Pour les députés, le droit à pension est notamment acquis après 30 mois de fonctions dans une législature.
C’est là que la sortie de Ntoutoume Ayi prend toute sa portée politique. Supprimer ou revoir ces dispositions ne réglerait pas, à elle seule, les difficultés financières du système de retraite. Mais cela poserait une question fondamentale d’équité : ceux qui votent les règles doivent-ils être soumis à des règles radicalement différentes de celles du reste de la population ?

Le Gabon a déjà engagé une réforme de sa branche des pensions. En décembre 2025, le gouvernement annonçait notamment un réajustement des cotisations et des paramètres destinés à renforcer l’équilibre financier du système.
Ailleurs, des réformes comparables ont été conduites. En France, l’Assemblée nationale a aligné en 2017 le régime de retraite de ses députés sur le droit commun de la fonction publique, réforme entrée en vigueur en 2018.
La proposition de Ntoutoume Ayi ouvre donc un débat plus vaste : si l’effort demandé aux actifs doit contribuer à sauver les retraites, les institutions doivent-elles également accepter de revoir leurs propres avantages ?
C’est précisément l’intérêt de sa sortie. Elle déplace le débat : avant de demander davantage aux générations qui travaillent, faut-il commencer par examiner les privilèges attachés à certaines fonctions publiques ?
La réponse appartient désormais au législateur. Mais une chose est certaine : le député vient de mettre sur la table une réforme dont la portée serait autant financière que symbolique et sociale.






