Libreville le 08 octobre 2026, (Journal’ombre) – Pour le cadre général, il est recommandé que le Gabon aborde prioritairement la question migratoire comme une politique publique de souveraineté, d’emploi et de développement, et pas comme une politique de fermeture systématique des frontières.
Par Obame D’EBOMANE
Le dernier recensement général de la population de 2026 indique que le nombre de résidents est de 3518621 personnes . Ce qui donne un détail de 2318365 nationaux soit un pourcentage de 65,9 et une présence d’étrangers évaluée à 1200 256 soit 34, 1 pour cent. Ce recensement général de la population a été validé par la Cour Constitutionnelle le 27 août 2026 pour un taux de couverture estimé à 97 pour cent.
C’est ici qu’il va falloir répondre à une question cruciale : de quelle immigration le Gabon a-t-il besoin, dans quels secteurs, pour quelles compétences et pour combien de temps ?
- D’abord : établir enfin la réalité migratoire
La première priorité est de disposer de données fiables sur la population étrangère : nationalité, âge, profession, lieu de résidence, statut administratif, employeur et durée de séjour.
Le Gabon doit mettre en place un fichier migratoire interconnecté entre Immigration, Travail, Justice, Finances, CNSS, Douanes, Police, Affaires étrangères .
Définir les objectifs : savoir qui entre, qui travaille, où, pour qui et qui quitte le territoire.
Ensuite: réformer les visas et permis de travail, le visa économique doit être adapté aux besoins du marché gabonais. À cet effet, Cinq catégories peuvent être distinguées : compétences stratégiques, métiers en tension, investisseurs, travailleurs temporaires et mobilité régionale.
Le principe est simple : faciliter l’entrée des compétences rares et encadrer davantage les métiers pour lesquels une main-d’œuvre gabonaise existe.
Il est primordial et impératif de protéger l’emploi national. Le Code du travail gabonais prévoit déjà la priorité aux nationaux à compétence égale, ainsi que le recours aux travailleurs étrangers lorsque les compétences ne sont pas disponibles localement.
Il faut rendre cette règle effective grâce au test obligatoire du marché du travail : avant de recruter un étranger, l’entreprise doit publier le poste, examiner les candidatures gabonaises et justifier l’absence de compétence nationale suffisante.
Dans la.même veine: mettre en place des quotas sectoriels ceci afin d’éviter un quota uniforme pour toute l’économie.
Les besoins du pétrole, des mines, de la santé, du BTP, du commerce, de l’agriculture ou du numérique sont différents.
Le Gabon pourrait donc instaurer des quotas par secteur et par métier, révisés chaque année selon les données de l’emploi. Les métiers connaissant une pénurie de compétences bénéficieraient de dérogations.
Il est nécessaire de s’assurer que chaque compétence étrangère apporte un transfert de savoir. Un travailleur étranger recruté pour une compétence rare devrait être accompagné d’un plan de transfert de compétences.
Exemple : un ingénieur étranger recruté pour deux ans doit travailler avec des ingénieurs gabonais appelés à reprendre progressivement ses responsabilités.
L’objectif est de transformer l’immigration qualifiée en outil temporaire de formation du capital humain gabonais.
Les différents employeurs doivent engager leur pleine responsabilité afin que la lutte contre l’immigration irrégulière ne viser pas uniquement les migrants. L’entreprise qui emploie illégalement un étranger doit être sanctionnée : amende, régularisation des cotisations, suspension des autorisations de recrutement et, en cas de récidive grave, exclusion temporaire de certains marchés publics.
Il faut contrôler la demande de main-d’œuvre étrangère autant que l’offre.
La sécurisation des frontières doit devenir un préalable intangible. Pour ce faire, le Gabon doit passer d’un contrôle essentiellement physique à une gestion numérique et biométrique des flux :
visa électronique ; biométrie ; enregistrement des entrées et sorties ; alertes sur les titres expirés ; interconnexion des bases administratives ; coopération avec les pays voisins.

Le but in fine n’est pas la fermeture hermétique, mais une frontière maîtrisée et traçable.
Il faut que l’immigration irrégulière soit tombe sur le coup de la loi. Aussi, il est préconisé une campagne temporaire d’identification et de régularisation qui devrait être organisée pour les personnes dont la situation est régularisable.
Pour les autres : procédures de retour individualisées, dans le respect du droit gabonais et des engagements internationaux.
La politique doit distinguer clairement travailleur légal, étudiant, réfugié, investisseur, travailleur clandestin et personne victime de traite.
Une réforme de la naturalisation s’impose car la naturalisation doit rester une procédure juridique, et non devenir un instrument de lutte contre l’immigration.
Il faut surtout renforcer : la vérification de l’identité ; la durée réelle de résidence ; la régularité du séjour ; l’intégration ; la situation judiciaire et fiscale ; la transparence statistique des décisions.
Le véritable enjeu majeur et stratégique de cette vision est la formation des gabonais:
Aucune politique migratoire ne fonctionnera durablement sans politique de compétences.
Le Gabon devrait lancer un Plan national massif des compétences, ciblant notamment : BTP, soudure, mécanique, électricité, agriculture, industrie, mines, transformation du bois, logistique, numérique, énergie, pêche, hôtellerie et maintenance.
La logique doit être : compétence étrangère temporaire → transfert de savoir → compétence gabonaise → réduction progressive du besoin de recrutement extérieur.
Il ne faudrait pas que le but visé et la réussite attendue ne se mesure qu’au nombre d’étrangers expulsés, mais plutôt à la capacité du Gabon à : réduire sa dépendance à la main-d’œuvre étrangère ; augmenter l’emploi national ; former ses jeunes ; contrôler les employeurs ; réduire le travail clandestin ; maîtriser ses frontières ; attirer uniquement les compétences dont son économie a réellement besoin.
La nouvelle donne de cette projection est que le Gabon ne ferme pas ses portes aux compétences. Il ferme la porte à l’anarchie migratoire.
L’objectif est de passer d’une immigration subie et insuffisamment documentée à une immigration sélectionnée, contrôlée, temporaire lorsque nécessaire et économiquement utile, tout en faisant de la formation et de l’emploi des Gabonais le principal instrument de réduction de la dépendance à la main-d’œuvre étrangère.








