Libreville le 22 Janvier 2026, Journalombre.com- Ancien Conseiller au Conseil économique, social et environnemental (CESE) durant la transition, Joseph Serge Mezui Obiang propose ici une lecture politique et républicaine de cette crise, en appelant à dépasser les réponses d’urgence pour engager une refondation structurelle, à travers notamment l’organisation d’une Conférence sociale nationale.
La grève des enseignants qui touche depuis le début du mois de janvier les écoles, collèges et lycées du pays ne constitue pas un simple mouvement social sectoriel.
Elle est le premier test majeur de la période post-transition et, à bien des égards, l’un des premiers révélateurs de ce que sera — ou ne sera pas — la Vᵉ République. Elle agit comme un sismographe social, annonciateur de tensions susceptibles de s’étendre bien au-delà du seul champ éducatif.
Derrière les revendications liées aux intégrations gelées, aux carrières bloquées et à la précarité administrative prolongée, se pose une question centrale : la transition politique engagée depuis le « coup de libération » du 30 août 2023 peut-elle se traduire en transition sociale réelle ? Pour beaucoup d’enseignants, la réponse tarde encore à venir.
Le fait que ce mouvement ait largement débordé les syndicats traditionnels, durablement affaiblis par des années de neutralisation du dialogue social, révèle une crise de confiance profonde entre l’État et ses propres piliers.
La décision gouvernementale d’intégrer plus de 4 000 enseignants d’ici fin février constitue un signal positif et inédit. Mais dans une République qui se veut de rupture, le rattrapage ne peut tenir lieu de politique publique structurante.
Traiter les crises au coup par coup, secteur par secteur, c’est prendre le risque d’une contagion sociale progressive mais inévitable : aujourd’hui l’enseignement primaire et secondaire, demain l’enseignement supérieur, après-demain les élèves eux-mêmes, puis d’autres corps sociaux essentiels — santé, administration, collectivités territoriales — confrontés à des fragilités comparables.
Le « coup de libération » a ouvert une séquence institutionnelle nouvelle. Mais une République ne se refonde pas seulement par le sommet de l’État, ni par la seule réforme des institutions.
Elle se consolide par la justice sociale accordée à ses piliers. Former sans transformer, financer sans orienter, diplômer sans insérer, enseigner sans être reconnu : ce modèle hérité est aujourd’hui à bout de souffle et menace d’entraîner l’ensemble du corps social dans une spirale de frustrations croisées.
La Vᵉ République se trouve ainsi face à trois options : 1- le statu quo, synonyme de délégitimation progressive du pacte social ; 2- ’ajustement partiel, fait de bricolages successifs sans vision d’ensemble ; 3- la transformation systémique, seule compatible avec l’ambition d’une République refondée.
C’est ce troisième choix qui s’impose.Refonder le pacte social par l’école implique de remettre l’enseignant et l’élève au centre. L’enseignant n’est pas une charge budgétaire, mais un agent de souveraineté cognitive. L’élève n’est pas un indicateur statistique, mais un projet de société.
Cela suppose la régularisation définitive des situations administratives, la mise en place d’une nouvelle gouvernance des fonctionnaires plus transparente, l’amélioration des conditions de travail et d’existence, une revalorisation statutaire et symbolique du métier d’enseignant, une gouvernance éducative assainie, et un lien explicite entre formation, économie nationale et insertion professionnelle.Face au risque d’extension de la crise à d’autres secteurs stratégiques, il devient urgent de changer d’échelle dans la réponse politique.
Le moment semble venu d’organiser une Conférence sociale nationale, placée sous l’autorité de l’État, réunissant enseignants, étudiants, syndicats, organisations professionnelles, société civile, partenaires économiques et institutions publiques.
Une telle conférence aurait pour mission de poser les bases d’un nouveau pacte social républicain, fondé sur la vérité des situations, la prévisibilité des parcours et l’équité entre les corps sociaux.La crise actuelle n’est pas un obstacle à la Vᵉ République. Elle en est le moment de vérité.
Soit elle devient l’occasion d’une refondation profonde du pacte social — en commençant par l’école — soit elle annonce, dès les premiers pas de la République nouvelle, la reproduction des fragilités anciennes.
On peut proclamer une République nouvelle. Mais on ne la fonde durablement que lorsque ses enseignants ainsi que tous les autres agents publics y trouvent justice et reconnaissance, et que ses élèves y trouvent un avenir crédible.
Par: Serge Joseph Mezui Obiang







