Incarnation de cette élite noire qui a prospéré après l’apartheid, le milliardaire sud-africain se lance un nouveau défi en briguant la présidence de la Confédération africaine de football (CAF) face à Ahmad Ahmad.
Par David B. Hauce
Patrice Motsepe naît en 1962 dans le township de Soweto, près de Johannesburg. Son père, Kgosi Augustine Motsepe, est issu d’un clan royal de la tribu Tswana, mais tient une petite boutique, une spaza shop, à la fois épicerie et débit de boisson, près de Pretoria. Le jeune Patrice y apprend les rudiments du commerce.
Fait rare pour l’époque, les sept enfants Motsepe effectuent leur scolarité primaire dans un établissement privé catholique. Dans les années 1980, Patrice Motsepe décroche une licence d’art à l’Université du Swaziland puis obtient une dérogation qui lui permet de s’inscrire à l’Université du Witwatersrand, réservée aux Blancs.
Diplômé en droit minier et droit des affaires, il intègre le cabinet d’avocats Bowman Gilfillan en 1988. En 1993, deux ans tout juste après l’abolition de l’apartheid, il devient le premier associé noir d’un cabinet.
Profitant des années post-apartheid, il fonde Future Mining en 1994, puis lance African Rainbow Minerals Gold Limited en 1997 – la première société minière appartenant à un Sud-Africain noir. Grâce à l’extraction du cobalt, du nickel, du fer, du cuivre et du charbon, et à la faveur de la mise en place de la loi dite du Black Economic Empowerment (BEE), il se bâtit un véritable empire.
Motsepe incarne à la perfection cette bourgeoisie noire qui a su faire fructifier sa liberté : dixième fortune du continent selon le dernier classement du magasine américain Forbes, il a aussi été le premier noir milliardaire en Afrique du Sud et il est, avec ses 2,6 milliards de dollars, le troisième homme le plus riche du pays.
L’entrepreneur ne fait pas de politique, mais la politique n’est jamais loin : l’une de ses sœurs aînées, Tshepo Motsepe, est l’épouse du chef de l’État, Cyril Ramaphosa. Une autre, Bridgette, seule femme à la tête d’une industrie minière en Afrique du Sud, a épousé Jeff Radebe, puissant cadre du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) et ministre de l’Énergie dans le premier gouvernement Ramaphosa.
Il a une fondation engagée dans l’éducation et la santé. Il est aussi le premier Africain à avoir promis, en 2013, de faire don de la moitier de sa fortune à des œuvres de charité. en réponse à la campagne The Giving Pledge, de Warren Buffett et Bill Gates.
En janvier 2020, lors d’un dîner organisé au Forum économique mondial de Davos, il glisse à Donald Trump : « L’Afrique aime l’Amérique. L’Afrique vous aime ! » Relayés sur les réseaux sociaux, ces propos lui valent un flot d’injures, notamment de la part de Sud-Africains qui n’apprécient guère l’indifférence du président américain à l’égard du mouvement Black Lives Matter.
Motsepe rectifie le tir et explique que son but était d’encourager le dialogue entre l’administration Trump et les entrepreneurs du continent. Il ajoutera plus tard qu’il n’avait pas à s’exprimer au nom de qui que ce soit.
Depuis 2004, il est le président du FC Mamelodi Sundowns, le club de foot le plus titré d’Afrique du Sud, qui a remporté en 2016 la Ligue des champions de la CAF face à la prestigieuse équipe égyptienne Zamalek. En 2017, le club s’est offert la Supercoupe d’Afrique.
L’annonce de sa candidature à la présidence de la CAF, le 9 novembre, a surpris. « Il y a quatre ans [lors de l’élection du Malgache Ahmad Ahmad], on parlait d’un vent de changement. Nous soutenons Patrice Motsepe parce que nous n’avons pas vu ce vrai changement dont le football africain a besoin », s’est empressé de déclarer Isha Johansen, président de la Fédération sierra-léonaise de foot, bientôt rejoint par les patrons des fédérations nigériane et botswanaise. Au total, quatre candidats tenteront de ravir à Ahmad Ahmad la présidence de la CAF, en mars 2021.
La fondation Motsepe a promis de verser 1 milliard de rands pour lutter contre la pandémie de coronavirus en Afrique du Sud. Craignant d’avoir lui-même été infecté, le milliardaire s’était isolé début novembre, laissant le soin à Danny Jordaan, le président de la Fédération d’Afrique du Sud de football association, d’annoncer sa candidature.







