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Carlos Ghosn: La contre-attaque

L’ex-patron de Renault-Nissan s’est exprimé en public ce mercredi, quelques jours après avoir fui le Japon dans des circonstances rocambolesques.

Par Maurice Duteil 

Grand oral pour l’ex-patron de Renault-Nissan. Après sa fuite du Japon, à la fin du mois de décembre, Carlos Ghosn a pris la parole en public ce mercredi 8 janvier lors d’une conférence de presse très attendue à Beyrouth, et minutieusement préparée.

 »Aujourd’hui est un jour important pour moi. Un jour que j’attends depuis que j’ai été interpellé brutalement […] Pour la première fois depuis que ce cauchemar a commencé, je peux enfin me défendre » a-t-il déclaré dans un propos liminaire avant de développer une défense en trois parties.

S’il n’a donné aucun détail sur sa fuite, et alors que des zones d’ombre persistent, il a ssuré avoir senti qu’il était  »l’otage d’un pays » et que sa fuite avait été une renaissance.  »Quand j’ai vu que j’étais sorti, c’est comme si j’étais revenu à la vie ». Lors de son allocution, l’ex-patron de Renault-Nissan est revenu sur les conditions de sa détention au Japon, difficiles :

 »Je sentais que je n’étais plus un être humain […] J’avais peur d’être retenu indéfiniment dans la solitude […] Je n’avais pas pu parler à ma famille pendant six semaines ».

Carlos Ghosn qui a passé de longs mois dans la prison japonaise de Kosuge, décrit  »une petite cellule » avec  »la lumière jour et nuit »,  »30 minutes par jour pour la promenade, deux douches par semaine et l’impossibilité de parler à quelqu’un qui parle français ou anglais ».

Devant un parterre de journalistes, il a assuré ne pas être là « pour raconter comment j’ai fui le Japon », mais pour  »laver » son honneur .  »Je n’ai pas fui la justice, je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique », se justifiait-il, dans une critique acerbe envers le système judiciaire japonais.

 »Les charges contre moi sont infondées. Pourquoi les procureurs ont-ils fait fuiter des informations fausses et dissimulé des informations disculpatoires ? Pourquoi souhaitaient-ils m’empêcher de parler pour présenter ma version des faits ? Pourquoi m’ont-ils interdit tout contact avec mon épouse ?  »

Carlos Ghosn affirme par ailleurs que les accusations de malversations financières sont « sans fondements ». Et de tacler une nouvelle fois le système judiciaire japonais :

 »J’ai quitté le Japon parce que je voulais la justice » .  Selon lui, le Premier ministre japonais n’était « pas impliqué » dans son arrestation. Il déplore avoir été « traité comme un terroriste au Japon », il s’indigne :

 »Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Je ne comprends pas  ».  Ces critiques « unilatérales », contre la justice japonaise, sont  »inacceptables  » a de son côté jugé le parquet.

L’ancien PDG de Renault-Nissan a dénoncé avec force mercredi une « collusion » entre Nissan et le parquet japonais concernant son arrestation, un « coup monté » selon lui, au cours de sa première apparition publique à Beyrouth après sa fuite du Japon.

« La collusion entre Nissan et les procureurs est à tous les niveaux », a-t-il déclaré. « Quand j’ai demandé à mes avocats (…) ils ont dit qu’ils craignaient que cinq ans s’écoulent peut-être au Japon avant que je n’obtienne un verdict », a-t-il ajouté, accusé de malversations financières dans ce pays.

« Qui faisait partie de ce complot ? », lance alors Carlos Ghosn pour étayer ses accusations :

« A l’évidence [Hiroto] Saikawa [directeur général de Nissan, démissionnaire après avoir reconnu avoir perçu une prime indue] en faisait partie, Hari Nada [son ancien bras droit] en faisait partie et [Toshiaki] Onuma [responsable du secrétariat chez Nissan]. Mais il y a bien d’autres personnes. [Masakazu] Toyoda, membre du conseil d’administration, faisait le lien entre le conseil de Nissan et les autorités. »

Pour asseoir son argumentaire, Carlos Ghosn avait préparé un document type powerpoint et a déployé des trésors d’énergie pour assurer, selon lui, qu’il n’y avait pas eu de malversations financières. Il assure qu’il mettra ces documents à la disposition des journalistes qui le souhaiteront.

Selon l’ancien PDG, l’affaire aurait éclaté en raison des performances de Nissan, « qui ont commencé à baisser au début de 2017 ». Il explique également que la loi dite Florange, qui a donné à l’Etat des droits de vote double au conseil d’administration, aurait contrarié les dirigeants de Nissan ainsi que les autorités japonaises.

Arrêté plusieurs fois au Japon pour des soupçons de malversations financières en 2018 et 2019, il était depuis assigné à résidence à Tokyo avec l’interdiction de quitter le territoire dans l’attente de son procès. Mais le 29 décembre dernier, Carlos Ghosn a pris la fuite, se cachant temporairement dans une malle, avant d’atterrir au Liban – pays dont il dispose de la nationalité – dans des circonstances encore floues.

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