Libreville le 04 Août 2026, (Journal’ombre.com) – La bataille autour de la Cour pénale internationale (CPI) change d’échelle. Sous l’administration de Donald Trump, les États-Unis ne se contentent plus de dénoncer l’institution de La Haye : ils multiplient désormais les initiatives diplomatiques pour convaincre certains États, notamment africains, de quitter le Statut de Rome, le traité fondateur de la juridiction. Une stratégie qui ouvre un nouveau front dans la recomposition des rapports de force internationaux.
Par Maurice Duteil
Selon Le Monde, cette ligne a été assumée publiquement par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, qui écrivait dans une tribune publiée par le Wall Street Journal que Washington était prêt à « démanteler la CPI, brique par brique si nécessaire ». Quelques jours plus tard, le Venezuela, puis le Tchad, annonçaient leur retrait du Statut de Rome, alimentant les interrogations sur l’impact de cette offensive diplomatique.
D’après le quotidien français, la campagne menée en Afrique est pilotée par Frank Garcia Jr., conseiller principal de la Maison Blanche pour les affaires africaines. Le 23 juillet, celui-ci rencontrait le ministre tchadien de la Justice. Quatre jours après cet échange, N’Djamena notifiait officiellement au secrétaire général des Nations unies son retrait de la CPI. Sur le réseau X, Frank Garcia Jr. a salué cette décision, estimant que le Tchad rejoignait « le nombre croissant de nations qui reprennent leur souveraineté ».
Cette offensive intervient dans un contexte de fortes tensions entre Washington et la Cour, aggravées depuis les mandats d’arrêt délivrés en novembre 2024 contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant. Les États-Unis, qui n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, considèrent ces décisions comme une remise en cause de leurs intérêts stratégiques et de ceux de leurs alliés.

Au-delà de la CPI, l’enjeu est profondément géopolitique. Washington cherche à limiter l’influence d’une juridiction qu’il juge susceptible de peser sur ses partenaires, tandis que plusieurs États mettent en avant la défense de leur souveraineté nationale. L’Afrique se retrouve au cœur de cette confrontation, car elle représente le principal bloc d’États parties à la Cour.
Si cette dynamique venait à s’étendre, elle pourrait fragiliser l’universalité de la justice pénale internationale et relancer le débat sur l’équilibre entre souveraineté des États, responsabilité des dirigeants et lutte contre l’impunité. La bataille engagée dépasse désormais le cadre judiciaire : elle s’inscrit dans une compétition d’influence où le droit international devient, lui aussi, un instrument de puissance.








